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LE BOOM DES COMPLÉMENTS ALIMENTAIRES

La consommation de ces compléments répond à une demande accrue de la part des consommateurs de naturel, de forme et de bien-être. Pourtant, leur efficacité est souvent remise en cause, et nombreux sont ceux qui restent interdits dans l'hexagone.

Que demandons-nous aux aliments ? Qu'ils couvrent nos besoins nutritifs, qu'ils soient bons, naturels et qu'ils nous procurent forme et bien-être. Alors que nous entendons parler de vache folle, de pesticides, de procédés agroalirnentaires et de méthodes de conservation dommageables. Grande est alors la tentation de contrebalancer ces effets par des produits < bio », des compléments alimentaires et des suppléments nutritionnels « naturels ». Pour preuve, leur consommation croit de 20 % chaque année. Ce phénomène ne concerne pas à proprement parler la santé, mais plutôt le bien-être. Encore que le concept de santé a évolué et inclut désormais ces dernières notions. L’organisation mondiale de la santé ne définit-elle pas la santé comme un état de bien-être complet sur le plan physique, mental et social, et non simplement l'absence de maladie ou d’infirmité»

Cela dit, notre alimentation est, en principe, suffisamment riche et cariée pour permettre de combler tous nos besoins nutritionnels.

Insuffisances, oui ;carences, non

Dans un rapport rendu public le 15 juin 2000,le Haut comité de la Santé publique déclarait : « les données actuelles ne permettent en aucune façon de préconiser l’utilisation de compléments et de suppléments vitaminiques etminéraux en automédication pour la population générale ».

Pour la population générale,non, mais pour certains groupes ? En effet, les résultats de plusieurs études scientifiques menées depuis une vingtaine d'années confirment que s'il n'existe pas de cas de carences générales importantes, une proportion non négligeable de la population

présente « un statut biologique déficient pour certains minéraux et vitamines ». Plus récents,les premiers résultats de l'Enquête Suvimax (supplémentartion en vitamines et minéraux antioxydants) qui assure le suivi de 17735 hommes et femmes, depuis 1994 et jusqu'en 2003, font apparaître des déficiences :

14% des sujets de l'étude ont un déficit en vitamine D ;

42% des hommes et environ 60% des femmes présentent des déficits en calcium ;

les apports de vitamines C et E sont inférieurs aux quantités conseillées ;

23% des femmes en âge de procréer sont carencées en fer ;

des personnes de nombreuses régions présentent une déficience en iode ; les apports en magnésium sont insuffïsants. Des déficits que les industriels de l'agro-alimentaire et les laboratoires mettent à profit, en mettant sur le marché, force alicaments, compléments alimentaires et suppléments nutritionnels.

Ne pas confondre compléments et alicaments

La forte demande de bien-être et de naturel a conduit à la création d'un nouveau marché celui des alicaments-à ne pas confondre avec les compléments ou les suppléments. Les alicaments sont des produits artificiellement enrichis en nutriments : vitamines, protéines, ferments lactiques, minéraux, fibres dont les propriétés sont sensées apporter des effets bénéfiques pour la santé - ils sont à distinguer des produits « naturellement riches en... >.

Amélioration du transit intestinal, diminution de l'excès de mauvais cholestérol, croissance osseuse... les allégations sous forme de périphrases fleurissent. On trouve ainsi des yaourts enrichis au bifidus actif, du lait enrichi en fer et en calcium, des oeufs aux acides gras oméga 3, des jus de fruits multiviraminés... Reste à prouver que certains aliments améliorent réellement telle ou telle fonction et possèdent une action bénéfique.

Certes, les progrès de la biologie et de la génétique permettent de mieux percevoir les mécanismes qui régissent les relations entre les aliments et le fonctionnement de l'organisme. Pour l'instant, en Europe, interdiction est faite aux producteurs d'alicaments de présenter leurs produits avec des allégations faisant état de prévention, traitement ou guérison de maladies humaines. Cette interdiction européenne n'empêche pas ce marché d'augmenter autant que le marché des compléments alimentaires et suppléments nutritionnels.

Compléments ou suppléments ?

Il existe sur le marché deux principaux types de produits : les compléments alimentaires et les suppléments nutritionnels. La définition française du complément alimentaire (journal officiel du 12 avril 1996) indique que « les compléments alimentaires sont les produits destinés à être ingérés en complément de l’alimentation courante, afin de pallier l insuffisance réelle ou supposée des apports journaliers .

Ce sont des sources concentrées de nutriments (vitamines, acides aminés, sels minéraux, acides gras, plantes et extraits de plantes) et de substances minérales (calcium, magnésium, fer, cuivre, iode, zinc, manganèse, sodium, potassium, sélénium, chrome, molybdène, chlorure, phosphore). Par extension, ils peuvent également recouvrir certains acides aminés, certaines hormones, certains produits animaux (produits de la ruche, huiles de poisson. coquilles minérales). Les propriétés de ces produits sont connues, et même s’ils ne présentent pas le statut d'un médicament, il est tentant d envisager leur utilisation pour traitercertaines affections. Les suppléments nutritionnels ne viennent pas corriger des carences. Ils sont destinés à compenser les effets de certaines activités (sport) ou de mauvaises habitudes (fumeurs). Ils sont également censés prévenir ou soulager certains problèmes (fatigue, mémoire), ralentir le vieillissement ou encore permettre de perdre du poids. Ce sont des adjuvants destinés à procurer du bien-être, et maintenir sa forme. Mais ils sont le plus souvent vendus sous l'appellation « compléments alimentaires ». Pas facile de s'y retrouver...

La France redoute les excès

La position de la France est plus stricte en la matière que de nombreux autres pays, tels les États-Unis. Parmi les substances présentes sur la liste des compléments nutritionnels américains, ci que l'on peut se procurer via Internet, on trouve l'hormone de croissance (hGH), la DHEA, la mélatonine et d'autres pro-hormones... La prudence des autorités françaises est fondée sur le manque d'informations sur les compléments et les suppléments : la plupart d'entre eux n'ont jamais été testés selon des protocoles d’études scientifiques.

De plus, si la surconsommation de la plupart des vitamines et autres minéraux n’ est pas forcément néfaste, certains suppléments peuvent s avérer dangereux à haute dose. On se souvient des problèmes de créatine, récemment montrée du doigt par l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments, et censée augmenter la masse musculaire et la résistance à l'effort. Deux types de compléments alimentaires en contiennent. Les premiers sont destinés aux sportifs, les seconds aux personnes souhaitant obtenir une silhouette plus harmonieuse. Or, la prise de créatine serait liée à « des incidents digestifs , cardio-vasculaires et musculaires et pourrait même avoir un effet carcinogène.

On sait aussi que la vitamine A ingérée à forte dose (plus de 3 g par jour) devient hépatotoxique.

De même le fer, souvent proposé aux femmes jeunes, quand il est consommé en excès, entraîne des problèmes gastriques et hépatiques et augmente les risques d'atteintes cardiaques.

Quant à la caféine, si souvent présente dans les suppléments destinés à lutter contre la fatigue et le surpoids, elle augmente la tension artérielle et les risques de développer de l'arthrose. Chez la femme enceinte, elle peut favoriser les fausses couches. Dans le domaine si dynamique de la nutrition, les compléments alimentaires et les suppléments nutritionnels doivent faire l'objet de recherches plus poussées.


Article du Pharmacien de France Mai 2003 N° 4 par Jacqueline VACHU





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